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Tatouages

Un art corporel pas si anodin

Le tatouage est plus tendance que jamais. Selon les estimations, en Suisse, une personne sur dix serait tatouée et jusqu’à une sur quatre chez les 25 à 34 ans. Mais peu connaissent les risques.

Nicole Zurbuchen

Dr Ijsselmuiden, nous sommes de plus en plus nombreux à nous faire tatouer. Quels sont les risques?
Dr Otto Ijsselmuiden*: principalement des risques d’allergie et d’infection.

Quels sont les signes d’une allergie et quand faut-il consulter? Démangeaisons et œdème cutané sont manifestement fréquents après une séance de tatouage…
L’apparition de gonflements ou de cloques – parfois après plusieurs jours voire plusieurs semaines –, doit évoquer une allergie et amener à consulter.

Une telle allergie ne se résout pas spontanément après quelques semaines?
Non. Si vous faites une allergie à l’un des composants de l’encre, cette allergie ne disparaîtra pas. Vous aurez besoin d’un traitement par cortisone. Et si cela ne suffit pas, il faudra retirer le tatouage. Mais le traitement au laser est impossible en cas d’œdème sévère de la peau. Le tatouage doit alors être excisé. 

Quels sont les signes d’une infection?
Une infection peut se manifester par de la fièvre, une zone de peau rouge et chaude présentant un gonflement plus étendu que le tatouage lui-même ou des stries rouges sur la peau. Il faut alors consulter un médecin au plus vite. Comme certaines infections peuvent aussi passer inaperçues, je conseille une visite d’office à votre médecin de famille si vous avez le moindre doute sur le tatoueur.

Quelles sont les infections transmissibles par tatouage?
Principalement, les hépatites B et C, le VIH et la syphilis. Heureusement, du moins dans notre pays, on attache beaucoup d’importance à la stérilisation correcte du matériel utilisé. Ces dernières décennies, de nombreux progrès ont été réalisés et le risque d’infection est aujourd’hui réduit.

Certains vacanciers se font tatouer lors d’un séjour en Thaïlande et se réjouissent d’avoir fait des économies.
C’est un choix que je déconseille. Dans certains pays asiatiques, sud-américains et africains, le risque infectieux est beaucoup plus élevé que chez nous. Dans ce cas, vous aurez peut-être économisé de l’argent, mais vous risquez de contracter une maladie dont vous ne vous débarrasserez jamais. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Tout le monde peut-il céder à la mode des tattoos ou sont-ils déconseillés à certaines personnes?
Si vous souffrez de psoriasis ou d’un eczéma sévère, mieux vaut y renoncer. De même, compte tenu du risque infectieux, ils sont déconseillés chez les femmes enceintes ou les personnes qui prennent des antibiotiques ou des immunodépresseurs. Je les déconseillerais aussi aux personnes atteintes de maladies cardiaques, de diabète, de troubles de la coagulation ou qui ont beaucoup de grains de beauté. Je pense que trop peu de gens sont conscients qu’un tatouage est une agression pour le corps et pas un simple ornement superficiel.

Et vous, vous aimez les tatouages?
Quand ils viennent juste d’être réalisés, beaucoup sont effectivement magnifiques. Malheureusement, les couleurs se fanent souvent au fil des années et le dessin devient moins net.

Cette année, la mode est aux dessins de planètes et d’étoiles et aux motifs géométriques. Les personnes qui sont prêtes à franchir le pas se demandent-elles trop peu si le système solaire sur leur bras leur plaira toujours à 60 ans?
Dans mon cabinet, je reçois souvent des patients qui veulent se débarrasser de leur tatouage. Un jour, j’ai reçu une jeune patiente qui s’était fait tatouer toute la jambe et qui le regrettait déjà une semaine plus tard. J’ai l’impression que de nombreux jeunes adultes ne prennent pas cette décision tout à fait librement. Souvent, la pression du groupe d’amis est très forte. Quand tout le monde est tatoué, celui qui ne l’est pas est hors du coup et n’est pas pris au sérieux. Les plus fragiles ont dès lors beaucoup de mal à se soustraire à cette pression du groupe.

Autrefois, c’était plutôt l’inverse. C’était surtout des «marginaux» ou des gros durs à moto qui se faisaient tatouer.
En effet, les tatouages véhiculent aujourd’hui une image beaucoup plus positive et sont désormais acceptés dans de nombreuses professions. Il y a moins de discrimination et c’est incontestablement un progrès.

Est-il facile d’effacer un tatouage avec un traitement au laser si le motif ne vous plaît plus?
On parvient souvent à effacer complètement le tatouage mais il est aussi possible que des pigments restent dans la peau. Si la couleur a pénétré jusqu’aux couches cutanées plus profondes, c’est plus compliqué. Et le procédé peut aussi provoquer des effets indésirables comme des brûlures.

Bien soigner son tatouage
Commencez les soins dès que vous retirez le pansement du tatoueur.
– Utilisez exclusivement des pommades vulnéraires et cicatrisantes de haute qualité, sans additifs. Au besoin, elles auront aussi un effet désinfectant.
– Si la peau suinte, appliquez un pansement absorbant qui ne colle pas à la lésion.
– Les premières semaines, protégez votre tatouage de toute exposition directe au soleil (vêtements, crème solaire à indice de protection élevé) et renoncez à la piscine et au sauna.
Chaque peau réagit différemment et a besoin de soins adaptés. Pour la santé de votre peau, n’hésitez donc pas à demander conseil dans votre pharmacie.

* Le Dr Otto Ijsselmuiden est dermatologue au sein du cabinet «Praxis am Bahnhof» de Rüti (ZH). www.praxisambahnhof.ch