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Comment éviter les chutes?

Pour que le trottoir ne se transforme pas en patinoire

Chaque hiver, les trottoirs enneigés ou verglacés causent de nombreuses chutes chez les piétons, qui ne s’en tirent pas toujours à bon compte. Un spécialiste nous explique comment se prémunir contre les blessures.

Andrea Söldi

Souvent, la situation nous prend par surprise: le matin au réveil, un coup d’œil par la fenêtre nous réserve un paysage tout de blanc vêtu. Malgré le calme et la magie de cette neige fraîche, le monde qui s’offre ainsi à nos yeux comporte aussi certains dangers. Quand les rues et les trottoirs sont recouverts de neige ou de verglas, les médecins ne s’ennuient guère. Les chutes sont fréquentes, avec leur lot de fractures, d’élongations des tendons ou d’entorses. Certains jours d’hiver, l’assurance-accident des travailleurs reçoit ainsi jusqu’à 2000 déclarations d’accident lié à une chute. La moyenne pour l’ensemble de l’année se situe plutôt autour de 500 cas par jour.

Prévoir suffisamment de temps
«En hiver, le risque de chute augmente sensiblement», rapporte d’expérience Raphael Ammann, directeur de la campagne Chutes et faux-pas de l’assureur Suva. Souvent, l’accident survient quand on est pressé. Un grand classique: vous courez pour attraper votre bus, ne voyez pas une zone glissante et c’est la chute! M. Ammann conseille donc de se lever bien à temps en hiver, de vérifier les conditions météo et de partir de la maison un peu plus tôt si les rues et les trottoirs sont glissants. «Les piétons ne peuvent pas s’attendre à ce que le service d’hiver dégage la moindre petite ruelle», précise le spécialiste. Les services compétents ont déjà souvent bien assez à faire pour dégager et saler les rues les plus fréquentées.

Adapter ses chaussures
Pour marcher d’un pas assuré, il est indispensable d’avoir des chaussures adaptées: avec une semelle crantée antidérapante et des talons plats. Lorsqu’il circule dans les rues, M. Ammann remarque souvent, même lorsque les conditions sont hivernales, des gens qui portent d’élégantes chaussures en cuir, des ballerines ou des chaussures en toile à semelle lisse. «De nos jours, beaucoup ne se préoccupent plus de la météo, car nous passons désormais la majeure partie de nos journées dans des pièces fermées», estime l’expert. Si vous souhaitez ou êtes tenu(e) de porter des chaussures habillées pour le travail, emportez-les avec vous, et changez-vous une fois sur place, conseille-t-il.

Les jeunes ne sont pas à l’abri
Les jeunes en particulier arborent souvent des modèles tout à fait inadaptés, observe-t-il. Or, ils ne sont pas moins souvent victimes d’accidents que les plus âgés, comme le prouvent les chiffres de la Suva. Même sans avoir de problème de marche ou d’équilibre, il n’est pas rare de finir aux urgences en hiver. Par exemple, parce que, les yeux rivés sur le téléphone portable, on n’a pas vu la plaque de verglas sur le trottoir. Toutefois, en règle générale, les plus jeunes se rétablissent plus vite que les plus âgés après une chute, car leurs os et leurs tendons cicatrisent mieux.

Des pneus hiver pour les pieds
Chez les seniors, par contre, une chute peut avoir des conséquences catastrophiques – qu’ils se soient pris les pieds dans le bord du tapis de leur appartement ou sur une chaussée glissante en hiver. En effet, leurs os sont plus fragiles, cassent plus facilement et se régénèrent moins bien. Parmi les sites de fracture les plus fréquents figure le col du fémur, à la jonction entre le fémur et la hanche. Ce type de fracture peut, du jour au lendemain, signer la fin de la mobilité d’une personne âgée et la clouer au lit et au fauteuil roulant. Les os du pied, les avant-bras et l’articulation de l’épaule sont d’autres sites fréquents de blessure en cas de chute. Si vous avez déjà une démarche hésitante, l’expert de la Suva vous conseille donc de munir préventivement vos chaussures de crampons, qui se présentent sous la forme d’une deuxième semelle munie de picots. Vous en trouverez dans les magasins de chaussures. Ces dispositifs sont déjà très répandus dans les pays nordiques mais on en voit encore peu chez nous.

Escaliers et vélos = danger
Les escaliers sont à l’origine d’un nombre particulièrement élevé de chutes en extérieur. Un revêtement trop lisse ou des marches usées et irrégulières sont autant de sources de danger. Utilisez systématiquement la rampe s’il y en a une. Quand il y a de la neige ou du verglas, il est aussi conseillé de renoncer au vélo. Si les chaussées destinées aux voitures sont généralement bien dégagées, les pistes cyclables sont souvent laissées de côté. On perd pourtant très facilement l’équilibre en deux roues. Si vous faites une chute à vélo au milieu d’un trafic dense, le danger est encore plus élevé. Les portions de routes humides qui se transforment en patinoire lorsque le thermomètre passe sous la barre du zéro sont particulièrement traîtres. Dans la pénombre ou l’obscurité, elles sont quasiment impossibles à repérer.

Rester en mouvement
La pratique d’une activité physique régulière est tout aussi importante pour éviter de finir dans le plâtre. Les personnes en bonne forme physique réagissent généralement mieux en cas de faux-pas et se blessent moins sérieusement que les personnes en surpoids ou peu mobiles. De plus, l’activité physique développe les muscles qui stabilisent le squelette et améliore la densité des os, qui cassent dès lors moins facilement. «Les chutes et les faux-pas sont la toute première cause d’accident», rappelle Raphael Ammann. Chaque année, ils font plus de 300 000 blessés en Suisse – que ce soit au travail ou pendant les loisirs, à l’intérieur ou en plein air, l’été ou l’hiver. Si certains s’en sortent avec juste quelques bleus, de nombreuses chutes ont aussi des conséquences graves. C’est ainsi que près d’une rente d’invalidité sur deux est versée suite aux séquelles d’une chute, souligne le directeur de campagne. Et il en est convaincu: «Bien des accidents pourraient être évités avec un peu plus de vigilance.»

Une pelle, du sel et du gravier
En hiver, les propriétaires de maison doivent toujours avoir leur pelle à neige sous la main. Pour se protéger eux-mêmes et les autres, ils sont tenus de dégager régulièrement la neige devant chez eux, y compris l’accès à la maison, et, au besoin, d’épandre du sel ou du gravier. En principe, ils peuvent être tenus pour responsables si quelqu’un se blesse sur leur terrain parce qu’ils ont négligé leurs obligations. Dans la limite du raisonnable et du sens commun bien sûr: pas question de devoir pelleter de la neige à toute heure du jour ou de la nuit. Mais les accès et trottoirs doivent être praticables entre 7 et 21 heures environ.