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Rentrée des classes

Une énergie sans fin…

Certains enfants sont de vraies boules d’énergie. Ce qui n’est pas toujours de tout repos pour leurs parents et les autres personnes qui s’occupent d’eux. L’entourage se pose alors souvent la question: ce tempérament de feu est-il dans la norme ou est-on face à un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité?

Christiane Schittny, pharmacienne

TDAH est l’acronyme désormais bien connu du trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité. On estime que ce trouble, qui apparaît dès l’enfance, touche, à des degrés divers, 5 % des garçons et des filles dans notre pays. Il se caractérise principalement par un manque de concentration (l’enfant est vite distrait, se désintéresse rapidement d’une activité ou fait ce qu’on lui demande sans être concentré), une agitation (il a du mal à rester tranquillement assis et ressent le besoin impérieux de bouger) et une grande impulsivité (il a souvent des réactions incontrôlées, très spontanées ou impatientes). La frontière entre le TDAH et une grande vivacité est parfois difficile à cerner. D’où toute l’importance de faire le point avec un médecin ou un psychothérapeute spécialisé, qui saura jeter un regard professionnel sur la situation.

L’histoire de Jan
Jan a deux grands frères qui ont quatre et six ans de plus que lui. Très tôt, il a essayé de les suivre partout; il voulait toujours être de la partie. C’était un enfant très éveillé et curieux, mais aussi extrêmement actif et seulement capable de rester assis devant quelque chose de captivant. Un enfant certes fatigant et exigeant pour ses parents, mais tout à fait gérable, sans qu’il y ait lieu de s’inquiéter.
À l’école enfantine, Jan s’est fait remarquer par son dynamisme exubérant. Mais il n’y avait pas que ça: l’éducatrice avait du mal à le canaliser et à l’amener à se concentrer sur les activités les plus diverses. On a commencé à soupçonner un TDAH. En accord avec ses parents, Jan a été orienté vers le service de pédopsychiatrie pour y voir plus clair. L’enfant a été longuement testé sur plusieurs séances. Il en est ressorti que le petit garçon était certes d’une grande vivacité mais le diagnostic de TDAH n’a pas pu être confirmé. Par contre, on a détecté chez lui un haut potentiel et il a donc été décidé de le faire entrer en primaire un an plus tôt.
Les deux premières années, tout s’est bien passé: Jan était suffisamment occupé et son besoin de bouger restait sous contrôle. Mais, en troisième, tout a recommencé. Parfois, il était même impensable de l’obliger à se tenir tranquille un peu plus longtemps. Son besoin de bouger créait de l’agitation dans toute la classe et l’enseignante était complètement dépassée. L’école a mis en doute le résultat de l’expertise psychiatrique antérieure et Jan a de nouveau fait des tests de dépistage du TDAH à la demande de l’équipe enseignante. Mais, cette fois encore, le résultat était clairement négatif! Puis, plus il a grandi et plus il a dû répondre à des exigences plus élevées, plus la situation s’est améliorée. Aujourd’hui, l’«enfant à problèmes» d’autrefois est un étudiant équilibré, réfléchi, enthousiaste et très motivé, qui déborde toujours d’énergie.

Les conséquences du TDAH
L’exemple de Jan montre à quel point le diagnostic de TDAH peut être difficile. C’est justement pour cette raison qu’une évaluation extrêmement attentive s’impose, pour pouvoir aider correctement la personne touchée. Car ce trouble peut avoir de lourdes conséquences: l’enfant est souvent vu comme perturbateur, fainéant, désorganisé ou irrespectueux de ses petits camarades et donc stigmatisé. De plus, il apprend souvent lentement et sans méthode et a donc du mal à suivre à l’école.
Chez environ 40 % des enfants atteints de TDAH, les troubles persistent à l’âge adulte. Mais ses manifestations évoluent avec le temps. À partir de la puberté, l’agitation motrice disparaît généralement mais le manque de concentration et d’organisation et les comportements impulsifs et irréfléchis restent présents. En l’absence de traitement, les symptômes du TDAH peuvent avoir un impact considérable sur la vie sociale, le parcours professionnel ou l’équilibre psychique. Il est important de souligner que les personnes atteintes de TDAH possèdent aussi de belles qualités: elles peuvent être très créatives et, quand elles accrochent à quelque chose, elles se montrent généralement motivées et performantes dans ce domaine. Elles ont un grand sens de l’équité et sont souvent décrites comme sensibles et serviables.

La prise en charge
Le TDAH est parfois diagnostiqué un peu trop vite. Tous les enfants particulièrement actifs ou turbulents ne sont pas nécessairement atteints. Un diagnostic rigoureux se basera sur l’évaluation précise des antécédents familiaux, différents examens physiques, une observation du comportement et toute une série de questions aux parents, aux personnes qui s’occupent de l’enfant et aux enseignants (parfois sous forme de questionnaire). Un diagnostic bien posé est important pour un traitement approprié. On procède souvent selon une approche modulaire: selon les principaux symptômes, la situation personnelle et l’âge de l’enfant, plusieurs méthodes thérapeutiques peuvent être utilisées, isolément ou en association.
– La bonne connaissance du TDAH permet de mieux y faire face. C’est pourquoi on met l’accent sur l’information des proches, des autres personnes qui s’occupent de l’enfant et des encadrants de l’école primaire ou enfantine.
– Lors de séances de formation spécifiques, toutes ces personnes apprennent à mieux comprendre les enfants concernés et à les soutenir quand ils en ont besoin.
– Les thérapies comportementales aident par ailleurs les enfants à contrôler leurs attitudes et leurs réactions afin de mieux maîtriser leur quotidien.
– En cas de symptômes sévères, ces mesures générales sont souvent accompagnées par des médicaments qui peuvent, s’ils sont bien utilisés, vraiment soulager les personnes touchées et leur entourage. Il s’agit essentiellement de stimulants, dont le plus connu est le méthylphénidate. Il est généralement très efficace mais peut aussi avoir des effets indésirables et exige donc une surveillance médicale étroite pendant toute la durée du traitement.