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Allergies et intolérances alimentaires

Alimentation infantile à l’ère des allergies et intolérances

Les allergies et intolérances alimentaires sont particulièrement fréquentes chez les enfants en Suisse. Dans l’entretien ci-dessous, Monique Mura Knüsel, diététicienne, nous explique ce que les parents doivent savoir à ce sujet.

Susanna Steimer Miller

Les problèmes d’allergies et d’intolérances alimentaires sont sur toutes les lèvres. Quelle est la différence entre les deux?
Monique Mura Knüsel*: dans l’allergie, le système immunitaire réagit de manière disproportionnée à une substance inoffensive en soi, comme certaines protéines animales ou végétales, et produit des anticorps qui se retrouvent dans le sang. Une allergie alimentaire peut provoquer des réactions physiques très fortes, avec des symptômes pouvant aller de l’urticaire aux difficultés respiratoires en passant par les vomissements et la diarrhée. Dans le pire des cas, cela peut aller jusqu’au choc anaphylactique, avec des conséquences potentiellement fatales en l’absence de traitement. En revanche, le système immunitaire n’est pas impliqué dans les phénomènes d’intolérance, qui provoquent essentiellement des troubles digestifs avec des réactions de type douleurs abdominales, ballonnements, diarrhée, constipation et sensation de malaise. L’exemple le plus connu est l’intolérance au lactose, le sucre du lait.

Quels sont les aliments le plus souvent incriminés dans les allergies ou les plus mal tolérés chez les bébés et les enfants en bas âge?
Au cours de la première année de vie, les enfants réagissent surtout au lait de vache, aux œufs et au blé. Au cours de la deuxième et de la troisième année, ce sont les œufs, le lait de vache et les noisettes qui arrivent en tête. À partir de trois ans, ce sont les arachides, les œufs, le poisson et les fruits de mer qui occupent le haut du classement.

Comment établit-on la présence d’une allergie alimentaire?
Il est important que les parents notent bien leurs observations. Si l’on soupçonne une allergie, on peut déjà faire des tests chez les bébés. L’allergie est établie à l’aide d’un test cutané et/ou d’une analyse sanguine. Parfois, il faut faire un test de provocation, qui consiste à donner à l’enfant un aliment potentiellement allergène sous surveillance médicale.

Il y a quelques années, on pensait pouvoir éviter les allergies alimentaires en évinçant certains aliments chez les enfants à risque d’allergie et en retardant la diversification alimentaire. Les connaissances scientifiques ont évolué sur ce sujet. Quelles sont les recommandations actuelles?
Nous savons maintenant qu’un régime strict pendant la première année de vie et la diversification tardive après six mois révolus ne protègent pas des allergies. Au contraire, les nutritionnistes et spécialistes des allergies sont désormais convaincus qu’il est intéressant de procéder à la diversification dès la fin du quatrième mois et au plus tard au sixième mois. Il est important que les enfants soient mis en contact assez tôt avec les allergènes potentiels. C’est un moyen de stimuler précocement leur système immunitaire.

Et si l’enfant présente une réaction allergique ou une intolérance à un aliment donné?
Alors les parents doivent évincer cet aliment de l’alimentation de l’enfant. C’est la seule mesure possible en cas d’allergie ou d’intolérance alimentaire. Mais en aucun cas les parents ne doivent prendre l’initiative de supprimer des aliments de base du menu de l’enfant ou de les remplacer par des alternatives parce qu’ils soupçonnent une allergie ou une intolérance. La substitution d’aliments de base exige les conseils d’un spécialiste. Chez les enfants, certaines allergies peuvent disparaître spontanément. C’est notamment le cas avec l’allergie aux protéines de lait et l’allergie au blanc d’œuf. Il vaut donc la peine de contrôler si l’allergie est toujours présente environ un an après le diagnostic. Les allergies au poisson disparaissent rarement. Les intolérances alimentaires, quant à elles, peuvent apparaître soudainement plus tard au cours de la vie.

Certains parents évincent certains aliments de base alors que leur enfant ne présente aucune allergie ou intolérance. Que pensez-vous de cette tendance?
C’est une initiative très délicate. En ce moment, j’observe que le lait de vache a une mauvaise image auprès d’un nombre croissant de parents. Pour moi, ce phénomène est lié à notre société d’abondance. De nombreuses personnes cherchent des substituts à certains aliments, car ils pensent que c’est mieux pour la santé. De plus en plus de parents donnent donc à leur enfant des laits végétaux à la place du lait de vache bien qu’il ne soit pas établi qu’ils aient des avantages. Si vous ne souhaitez pas faire boire de lait de vache à votre enfant, vous pouvez avantageusement le remplacer par du yogourt ou du fromage. Pour les enfants, les laits de riz, d’amande, d’avoine ou de soja ne sont pas des alternatives idéales car, à l’état naturel, ils ne contiennent pas de calcium. Or, celui-ci est indispensable à la formation des os et des dents. Les laits de riz, d’amande et d’avoine n’apportent en outre que peu de protéines, un autre nutriment essentiel pour l’enfant.

Dans ce cas, quel est le lait idéal chez les enfants à haut risque d’allergie?
Pendant les quatre premiers mois de vie, nous recommandons l’allaitement exclusif, car le lait maternel est le meilleur aliment pour tous les bébés. Il n’est toutefois pas prouvé que l’allaitement prolongé jusqu’à la fin du sixième mois protège des allergies. Depuis cette année, la Société Suisse de Nutrition et la Société Suisse de Pédiatrie ne recommandent plus de donner du lait hypoallergénique (HA) en prévention. Diverses études ont montré que ce lait, longtemps recommandé pour l’alimentation des enfants à haut risque d’allergie, n’apportait aucun avantage.

Comment faire quand un enfant présente une allergie aux protéines de lait de vache?
Il faut alors lui donner un lait spécial prescrit par le pédiatre et remboursé par les caisses d’assurance-maladie jusqu’au premier anniversaire quand l’allergie a été clairement établie.

Aujourd’hui, les grandes surfaces proposent toujours plus de produits pour les personnes atteintes d’intolérances alimentaires. Les produits sans gluten et sans lactose sont-ils adaptés aux enfants en bas âge?
Malheureusement, beaucoup de parents pensent que les produits sans gluten et sans lactose sont meilleurs pour la santé de leur enfant. C’est une erreur. Ces produits sont une vraie bénédiction pour les personnes effectivement intolérantes au gluten ou au lactose et sont vraiment conçus pour ce public. Quand des parents donnent du lait sans lactose à un enfant capable de tolérer le lait de vache, ils augmentent son risque de présenter une intolérance au lactose. En effet, son organisme n’aura jamais dû s’habituer à décomposer le sucre du lait.

Comment reconnaître si votre enfant tolère ou non un aliment?
• Procédez progressivement à l’introduction de nouveaux aliments.
• Lorsque vous introduisez un nouvel aliment, par exemple des carottes sous forme de purée, donnez à votre enfant la même purée pendant au moins trois jours consécutifs.
• Pour ses premières purées de fruits ou de légumes, une seule sorte de fruit ou de légume à la fois suffit au début.
• Si votre enfant ne présente ni problèmes digestifs, ni problèmes cutanés ni aucun autre problème physique après l’introduction du nouvel aliment, vous pouvez considérer qu’il le tolère.

*Monique Mura Knüsel travaille en tant que diététicienne au sein de l’hôpital cantonal d’Aarau, essentiellement auprès des enfants, et au sein de son propre cabinet à Baar.