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La lumière influence la santé et le psychisme

Impulsions lumineuses

La lumière est plus que le contraire de l’obscurité. La lumière du soleil, en particulier, influence sensiblement notre santé et notre psychisme. Et rythme aussi notre horloge interne.

Fabrice Müller

Depuis l’apparition de la Terre il y a plus de 3,5 milliards d’années, l’alternance naturelle de lumière et d’obscurité est le stimulus environnemental le plus régulier qui soit et n’a pas manqué de laisser des traces sur le plan génétique et comportemental. Selon les découvertes archéologiques, nos aïeuls ont commencé à utiliser le feu, et par conséquent une source de lumière artificielle, il y a environ 500 000 ans. Aujourd’hui encore, toute vie sur Terre reste soumise au rythme jour-nuit, avec son alternance de lumière et d’obscurité. Ce rythme influence presque toutes les fonctions de notre organisme. Notre température corporelle, par exemple, atteint son maximum en fin d’après-midi et son minimum entre trois et cinq heures du matin. Alors que les concentrations de mélatonine, l’hormone de la nuit, augmentent le soir et restent élevées pendant la nuit, notre organisme n’en secrète quasiment pas pendant la journée. Notre humeur et nos capacités intellectuelles évoluent aussi au fil de la journée et sont au plus bas entre trois et cinq heures du matin. Ces variations en fonction du moment de la journée, marquées par l’alternance du jour et de la nuit, sont contrôlées par une petite aire cérébrale que l’on appelle l’«horloge interne». Pour que cette horloge fonctionne correctement, nous autres humains avons besoin des signaux de la lumière diurne et de l’obscurité nocturne.

Points de repère dans la journée
«La lumière, à savoir essentiellement celle du soleil, nous aide à nous repérer dans le rythme veille-sommeil», souligne le Dr Ruta Lasauskaite, collaboratrice scientifique du Centre de chronobiologie de Bâle. Sur le plan physique et psychique, la lumière du soleil nous maintient éveillés pendant la journée tandis que, le soir, la baisse de luminosité nous prépare à l’obscurité nocturne et, par conséquent, au sommeil. C’est donc elle qui rythme notre horloge interne.

Le soleil nous fait du bien
Mais la lumière n’est pas seulement impliquée dans le rythme jour-nuit, elle influe aussi considérablement sur notre santé et notre bien-être. «Si nous ne calons pas nos activités sur ce rythme jour-nuit, nous ne récupérons pas et nous affaiblissons notre système immunitaire», précise Ruta Lasauskaite. La lumière du soleil absorbée par la peau stimule par exemple la production de vitamine D, laquelle est essentielle à notre santé. Elle est impliquée dans une multitude de processus de régulation dans les cellules de notre corps. Par conséquent, un déficit en vitamine D augmente considérablement le risque de maladie – surtout l’hiver, quand le soleil est beaucoup trop bas dans les régions situées au nord de la Terre pour fournir la dose d’ultraviolets nécessaire.
De plus, la lumière naturelle stimule le métabolisme, régule l’équilibre hormonal, le système immunitaire, le métabolisme cellulaire ainsi que la respiration, le pouls et la température corporelle. Elle peut même avoir une influence positive sur certaines affections cutanées chroniques comme la névrodermite, le psoriasis ou le vitiligo. On peut alors parler de photothérapie.

Impact sur les performances et la concentration
Sur le plan psychique, la lumière influe sur notre humeur, nos capacités cognitives et notre vigilance subjective. «La qualité de la lumière influence nos performances et nos capacités de concentration au travail et dans les apprentissages», affirme Ruta Lasauskaite. Une étude du Centre de chronobiologie de Bâle a montré que les sujets réussissaient mieux une tâche d’apprentissage devant un écran d’ordinateur doté de diodes électroluminescentes (LED) avec une forte composante bleue que devant un écran ordinaire de la même intensité lumineuse. Comme l’a constaté l’Ergonomic Institut für Arbeits- und Sozialforschung de Berlin, les collaborateurs dont le poste de travail ne reçoit que peu de lumière naturelle sont plus insatisfaits et ont une santé plus fragile. Les éclairages proches du spectre naturel donnent aux couleurs un rendu clair et naturel – comme avec la lumière du jour. Leur utilisation est surtout recommandée dans les espaces ne recevant que peu ou pas de lumière naturelle. Les tubes fluorescents conventionnels en revanche induisent – contrairement à l’horloge interne humaine – la production de mélatonine même pendant la journée, ce qui favorise la fatigue. Ils entraînent aussi une libération accrue de cortisol, l’hormone du stress, dans la circulation sanguine. Résultat: l’organisme est soumis à un cocktail de substances endogènes à la fois stimulantes et calmantes qui affecte notre santé et nos performances. Les lumières avec une forte composante bleue et une plus forte intensité augmentent d’ailleurs les performances des travailleurs de nuit. Pendant la journée, on recommande l’utilisation d’une «lumière biologiquement active» dont la composante bleue est proche de celle du spectre de la lumière du jour et dont la couleur peut être adaptée en fonction du moment de la journée. Les systèmes dynamiques modernes d’éclairage – par exemple à base de LED – simulent la lumière du jour du lever au coucher du soleil. Ils apportent une lumière stimulante pendant la journée en privilégiant les tons chauds à la fin de la journée de travail.

La luminothérapie agit sur plusieurs plans
Une exposition à la lumière de 30 à 60 minutes au bon moment de la journée – de préférence le matin – a un effet stabilisateur et synchronisateur sur le rythme, et maintient éveillé. La lumière ayant un effet antidépresseur, la luminothérapie est le traitement de référence de la dépression saisonnière. De plus – comme le rapporte Ruta Lasauskaite –, de nouvelles études montrent que la lumière a également une action antifatigue pendant la journée et un effet antidépresseur dans d’autres affections psychiatriques comme la dépression non saisonnière (y compris pendant la grossesse), les troubles alimentaires, le TDAH, les troubles de la personnalité, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer et d’autres démences. Pour que cette lumière ait un effet thérapeutique sur notre horloge interne, elle doit assurer un éclairement élevé, comparable à celui de la lumière naturelle (2500 à 10 000 lux). La luminothérapie consiste à s’exposer chaque jour pendant 20 à 60 minutes à une source de lumière vive. Pour cela, la lumière doit arriver directement sur la rétine sans qu’il ne soit nécessaire de regarder la source de lumière. N’oublions pas non plus l’effet bénéfique que procure «le plein» de lumière naturelle, même quand il fait gris, et il est donc recommandé de faire une promenade quotidienne d’au moins une heure.

Le Dr Ruta Lasauskaite est collaboratrice scientifique au Centre de chronobiologie de Bâle.