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Yoga hormonal

Yoga pour la ménopause

Bouffées de chaleur, troubles du sommeil et changements d’humeur font partie des symptômes caractéristiques de la baisse des concentrations d’hormones. Aux studios de yoga, les femmes essaient de se débarrasser de leurs troubles par des exercices spécifiques.

Andrea Söldi

Debout sur mon tapis de yoga, je respire rapidement par le nez: inspiration, expiration, inspiration, expiration… Mon ventre se gonfle et se dégonfle comme un soufflet. En plus de cela, je balance mes hanches en rythme d’avant en arrière. Coordonner souffle et mouvements n’est pas si facile pour une débutante. «Cette exercice d’échauffement stimule les ovaires», explique Madeleine Bachofner. Cette professeure de yoga de Seuzach près de Winterthour s’est proposée de m’initier au yoga hormonal. Cette technique spécifique vise à augmenter de nouveau la sécrétion des hormones sexuelles féminines, qui diminue avec la ménopause. «Une vraie source de jouvence», m’assure-t-elle.

La force du souffle
Nous nous asseyons ensuite sur notre tapis et prenons la posture tête au genou. Avec la main droite, je tiens mon poignet gauche, là où, selon la médecine chinoise, se trouvent les points d’acupression qui stimulent les glandes endocrines. En même temps, je saisis les orteils de mon pied gauche avec ma main gauche et je les fais bouger de bas en haut. Dans cette position repliée sur moi-même, je dois de nouveau pratiquer le Bhastrika, le nom indien sonnant de la respiration abdominale du «soufflet de forge». Plutôt balaise comme exercice. «Maintenant, contracte ton périnée et laisse l’énergie remonter le long de ta colonne vertébrale jusqu’au bout de ton nez», me recommande la professeure de yoga de sa voix chaude. «Pose ta langue sur ton palais et établis une connexion dans ta tête.»

De l’énergie pour l’avenir
Suivent d’autres exercices similaires avec différentes variantes. La plupart des postures s’inspirent des asanas classiques: demi-pont, extension de la colonne vertébrale en posture de demi-torsion et diverses postures inversées comme la chandelle. Après sept respirations rapides et puissantes, elles se terminent toujours par la contraction du périnée et une concentration sur une glande endocrine précise. Le Bhastrika nous apporte beaucoup d’oxygène et d’énergie vitale, m’explique Madeleine Bachofner. Cette force est transmise par la visualisation des glandes cibles. Cibler l’attention sur le diencéphale (cerveau intermédiaire), par exemple, permettrait de stimuler les glandes qui y sont liées: l’hypophyse et l’hypothalamus. Les hormones secrétées par ces glandes régulent la fonction de la thyroïde, de la corticosurrénale et des glandes sexuelles. La contraction du périnée n’est pas ici un véritable exercice de rééducation périnéale, explique la professeure de yoga, mais sert à retenir l’énergie accumulée dans le corps. «L’énergie ne doit pas s’échapper par les orifices corporels.» Le bout du nez est considéré comme un point de concentration de l’énergie, car il est le plus en avant. «Il symbolise l’avenir. Quand vient la ménopause, beaucoup de femmes ont peur de ce qui va venir.

Elle-même travaillée par les hormones
La professeure de 53 ans pratique elle-même le yoga depuis une vingtaine d’années et a suivi avec succès la formation en quatre ans de l’association Yoga Suisse. Elle a commencé à s’intéresser au yoga hormonal il y a une bonne dizaine d’années pour des raisons personnelles. À l’époque, elle est devenue une nouvelle fois maman à un âge relativement avancé alors que ses deux premiers enfants avaient déjà atteint la puberté. «Toute la famille était en plein chamboulement hormonal», dit-elle en riant. Elle a commencé à se pencher sur le thème du yoga hormonal en lisant le livre de Dinah Rodrigues. Cette Brésilienne qui affiche aujourd’hui plus de 80 printemps est considérée comme la mère de cette discipline spécifique. Lors d’un voyage de Mme Rodrigues en Allemagne, Madeleine Bachofner a voulu la rencontrer afin qu’elle l’initie personnellement. «Elle était très soucieuse d’une exécution soignée», se souvient l’habitante de Seuzach.

Une discipline développée par une Brésilienne
Dinah Rodrigues pratiquait depuis des années le Hatha yoga, une forme plutôt calme et méditative de yoga qu’elle a étudiée assidument. À l’âge de 63 ans, son gynécologue lui a assuré qu’elle était en particulièrement bonne santé et ils ont collaboré pour développer le yoga hormonal, qui s’est depuis largement répandu. Il s’agit d’une sous-forme de yoga relativement riche en mouvements, dont les séances d’environ 35 minutes se terminent par un temps de relaxation. Le yoga hormonal entend apporter une aide contre les troubles de la ménopause, le désir d’enfant inassouvi et les baisses de moral avant les règles (syndrome prémenstruel ou SPM). Les hommes chez lesquels on observe les effets d’une baisse du taux de testostérone liée à l’âge peuvent aussi tirer parti d’une forme spéciale de yoga hormonal. La prudence s’impose en revanche pendant la grossesse, en cas de cancer hormonodépendant et dans un certain nombre d’autres maladies. Si vous êtes intéressé(e), inscrivez-vous à un cours pour apprendre l’exécution précise des mouvements, puis pratiquez-les de manière autonome au moins trois fois par semaine.

De bons retours
«Au début, j’ai moi-même pensé: c’est n’importe quoi!», avoue Madeleine Bachofner. «Et pourtant ça marche.» Elle reçoit toujours de bons retours des femmes qui participent à ses cours. Beaucoup affirment qu’avec une pratique régulière, elles souffrent moins des troubles de la ménopause tels que les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil et les variations d’humeur. Il arrive même que les règles reviennent chez des femmes qui ne les avaient plus depuis longtemps. Et à trois reprises déjà, elle a vu des femmes qui n’avaient jusque-là pas réussi à satisfaire leur désir d’enfant tomber enceintes.

Le yoga diminue le stress
La question de savoir si le yoga hormonal a une réelle efficacité grâce à ses exercices spécifiques ou si c’est plutôt l’effet placebo qui entre en jeu reste ouverte. «Si l’on se place du point de vue de la médecine conventionnelle, l’efficacité du yoga hormonal n’est pas établie», précise le Dr Artemis Papandreou, endocrinologue au Centre hormonal de Zurich de la Clinique Hirslanden. Nous ne disposons pas de suffisamment d’études et celles dont nous disposons sont peu concluantes du fait du petit nombre de sujets étudiés. Par contre, il est prouvé que l’on peut influencer des émotions comme le stress par des techniques de respiration, souligne le Dr Papandreou. Le yoga pourrait ainsi faire baisser les concentrations de cortisol élevées par le stress. Mais d’autres activités physiques comme la course à pied ont aussi une influence sur la fonction hormonale, souligne-t-elle. «Bouger, faire du sport, danser, jardiner, etc. est de toute façon bénéfique, et parfois même salvateur.»