rotate background

Jeûne curatif

Le jeûne est prescrit dans un but curatif depuis les débuts de l’histoire de la médecine. Mais de quel type de jeûne parle-t-on et quels sont ses effets sur notre organisme?

Les vertus curatives du jeûne

Susanna Steimer Miller

Quels sont pour vous les problèmes de l’alimentation moderne?
Dr méd. Jean-Paul Wuerth*:
pour nos ancêtres chasseurs, il était normal de devoir vivre sur leurs réserves de graisse pendant des périodes parfois prolongées entre les repas. Aujourd’hui, la plupart de nos concitoyens sont occupés du matin au soir à manger et à digérer des aliments industriels transformés.

Quels sont les effets de ce comportement alimentaire sur notre santé?
Notre organisme est conçu pour survivre dans un équilibre constant entre apport et absence de nourriture. C’est ce qui le maintient en bonne santé. La surabondance conduit à une surcharge pondérale, notamment dans la région abdominale, et à des inflammations qui peuvent provoquer une hypertension, des maladies vasculaires ainsi qu’une élévation de la glycémie et de la lipidémie. Elle augmente aussi le risque de cancer.

Quel type de jeûne préconisez-vous?
Je recommande deux types de jeûne: le jeûne «réinitialisation de l’organisme» et le «jeûne quotidien». Le premier peut se pratiquer une à deux fois par an pendant une semaine en suivant les instructions d’un médecin. Il s’agit de consommer au maximum 600 calories par jour en supprimant le repas du soir et en assainissant l’intestin à l’aide de laxatifs naturels. Cette période de pause régénère l’organisme, réveille les nerfs gustatifs et améliore la flore intestinale. Une telle semaine de jeûne peut favoriser l’adoption de meilleures habitudes alimentaires. La perte de poids n’est pas le but en soi, seulement un effet secondaire positif de la semaine de jeûne.
Le jeûne quotidien consiste à limiter l’horaire de prise de nourriture de manière à manger sur un créneau de deux à huit heures, puis d’offrir à l’organisme une pause d’au moins 16 heures. On peut par exemple prendre le premier repas vers midi et le dernier vers 18h00. Cette alimentation limitée dans le temps permet de facilement perdre du poids ou de maintenir son poids de forme tout en ayant un impact positif sur sa santé.

Que se passe-t-il dans notre corps lorsqu’on jeûne?
Le fait de s’alimenter constamment ne laisse aucun temps de répit aux organes. L’organisme brûle essentiellement le glucose apporté par le dernier repas en date. Avec des pauses alimentaires de 12 heures ou plus, notre métabolisme commence à brûler nos réserves de graisses. Les lipides stockés sont alors transformés dans le foie en corps cétoniques, super carburant de l’organisme aux propriétés anti-inflammatoires. Ces corps cétoniques protègent les cellules nerveuses et semblent stimuler la fonction cognitive; cette phase cétogène est donc particulièrement intéressante pour le cerveau et a également un impact positif sur le cœur et les reins.

Quels sont les avantages de cette alimentation limitée dans le temps sur la santé?
Ce type de jeûne réduit les processus inflammatoires dans l’organisme. Avec des conséquences positives sur les vaisseaux et la fonction des différents organes.
Pendant le jeûne, notre organisme se trouve dans un mode «maintenance et régénération». Dans cette phase, les éléments cellulaires défectueux sont autodigérés par les cellules elles-mêmes et les vielles cellules susceptibles de dégénérer ont tendance à mourir. Le jeûne a donc un effet préventif sur certaines maladies de civilisation, le cancer et les maladies auto-immunes. L’homme moderne se trouve rarement dans ce mode curatif, car il est constamment occupé à manger et à digérer.
De plus, les personnes qui limitent leur prise de nourriture sur une certaine période de la journée dorment souvent mieux.

Pourquoi l’alimentation limitée dans le temps est-elle plus recommandée qu’un jeûne d’une semaine?
La cure de jeûne d’une semaine sous supervision médicale permet de ramener l’organisme à son mode d’origine et naturel et de vivre de nouveau en harmonie avec lui. Il faut toutefois savoir qu’une cure de jeûne qui ne conduit pas à modifier durablement son mode de vie n’est rien d’autre qu’un régime délétère avec son effet yoyo. Si vous réduisez durablement le nombre de calories que vous ingérez, attendez-vous à avoir des déficits en nutriments et à perdre de la masse musculaire.
Ce risque n’existe pas si vous adoptez à long terme une alimentation limitée dans le temps.

Le jeûne est-il bon pour le foie?
Le jeûne a un impact positif sur tous les organes. Le foie joue un rôle central dans le métabolisme. Il détoxifie l’organisme et contrôle les concentrations de sucre et de lipides dans le sang.
En Suisse, de nombreuses personnes ont un foie adipeux et enflammé. La faute au surpoids et à une consommation élevée de sucre blanc, supérieure en moyenne à 100 grammes par jour. Un foie enflammé ne peut plus assurer aussi bien sa fonction de détoxification. Le jeûne permet au foie de se reposer.

Le jeûne permet-il de prolonger l’espérance de vie?
C’est un fait prouvé seulement chez l’animal. Lors d’une étude, les souris dont la prise de nourriture était limitée sur une période de quatre à six heures vivaient plus longtemps et étaient en meilleure santé que celles qui avaient accès à la nourriture toute la journée, à quantités de calories égales. Chez l’être humain, diverses études récentes menées par plusieurs universités renommées ont montré que le jeûne peut soutenir la chimiothérapie, guérir le diabète de type II, améliorer la glycémie et la lipidémie et prévenir des maladies comme l’infarctus du myocarde, le diabète, le cancer et même la démence.

Le jeûne est-il l’affaire des personnes en surpoids ou de tous?
Non, les personnes de poids normal peuvent aussi en tirer parti. Cependant, on peut dire que plus le surpoids est important, plus son effet curatif l’est aussi.

Comment passer au jeûne quotidien et limiter son alimentation dans le temps?
Modifier son mode de vie est toujours un combat contre soi-même. Pour cela, une volonté de fer ne suffit pas; il faut aussi avoir un objectif clair, des connaissances en diététique et un rapport sain à la nourriture. La transition est plus facile avec l’aide d’un coach. J’aide mes clients à prendre conscience de leurs dépendances, comme l’appétence pour le sucre, à prendre de la distance avec le sucre et à changer leur rapport à la nourriture. Il ne s’agit pas de manger selon nos envies mais de sentir ce dont notre organisme a besoin. Par notre alimentation, nous prenons la responsabilité de maintenir notre corps en bonne santé.

* Le Dr méd. Jean-Paul Wuerth est médecin de famille, coach en santé et fondateur de la fondation Fasting. Il a étudié la médecine à Zurich et est spécialisé en médecine interne et en endocrinologie. www.fondation-fasting.com