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Voyager en bonne santé

Voyager avec des médicaments

Le coronavirus rend les pays lointains difficilement accessibles pour l’instant. Pour changer de décor, nous devons bien souvent rester à l’intérieur de nos frontières. Mais peu importe votre destination, si vous voyagez avec des médicaments, quelques précautions s’imposent.

Irene Strauss, pharmacienne

Nous sommes nombreux à prendre des médicaments sur une base régulière. Saviez-vous qu’environ la moitié des Suisses de plus de 15 ans prennent au moins un médicament sur une période de sept jours? Et environ un tiers sont atteints d’une maladie chronique. Ce phénomène étant plus fréquent avec l’âge, environ 84 % des plus de 75 ans utilisent des médicaments au quotidien pour préserver leur santé – et donc aussi en vacances!

Tant que ça!
Quand on suit un traitement en continu, le fait de prendre suffisamment de médicaments pour partir en voyage paraît évident. Mais on peut tomber à court plus vite qu’on ne le pense. Notamment quand le séjour est prolongé de manière inattendue ou quand les valises se perdent inexplicablement. Même si les pharmacies suisses sont autorisées à délivrer un médicament à prescription obligatoire sans ordonnance en cas de besoin, mieux vaut ne pas calculer trop juste la quantité de médicaments à emporter et ne jamais attendre d’avoir vidé la boîte avant d’aller en rechercher. Il est recommandé d’emporter de quoi tenir au moins une semaine de plus. Il peut aussi être judicieux de répartir la quantité de médicaments nécessaire dans deux bagages différents, dans des compartiments qui ferment bien. À l’étranger, la situation peut devenir particulièrement délicate. Si vous prenez l’avion, les bagages peuvent non seulement arriver en retard voire se perdre mais, dans les pays lointains, les conditions de délivrances sont aussi souvent différentes de chez nous. De plus, on ne peut jamais être sûr que le médicament habituel est disponible hors de Suisse.

Attention aux conditions de conservation
Qui dit vacances dit aussi souvent été, soleil et chaleur. Tout ce qu’il faut généralement éviter pour une bonne conservation des médicaments. Non seulement certaines présentations comme les suppositoires peuvent souffrir de températures trop élevées, et même fondre, mais la chaleur peut aussi nuire à l’efficacité de la substance active. La température peut devenir particulièrement élevée en voiture et le sac de plage laissé en plein soleil est absolument contre-indiqué pour stocker ses médicaments. La prudence s’impose notamment pour les préparations à conserver au réfrigérateur entre 2 et 8 °C. Les médicaments qui n’ont plus besoin d’être conservés au frais dès qu’ils sont entamés sont alors particulièrement intéressants. L’insuline, par exemple, se conserve jusqu’à 25 °C pendant quatre semaines. Si les températures risquent de dépasser les 30 °C, il existe des trousses isothermes pratiques pour l’insuline ou d’autres médicaments thermosensibles, qui maintiennent la température dans une fourchette de 18 à 25 °C et ont juste besoin d’eau pour être activées. Les poches de froids classiques à placer au congélateur ne sont adaptées que si le médicament n’est pas directement en contact avec elles, car le gel nuit autant aux médicaments que la chaleur.

Respecter les règles d’importation
Si vous sortez du territoire, vous devez emporter uniquement des médicaments pour votre usage personnel et non pour un tiers (à l’exception des enfants). De plus, la quantité transportée ne doit pas excéder les besoins pour 30 jours et vous devez vérifier auprès du pays de destination si le transport du médicament concerné est autorisé et, si oui, s’il doit être accompagné d’un certificat médical. La prudence s’impose tout particulièrement pour les antalgiques puissants soumis à la loi sur les stupéfiants et les antitussifs à base de codéine. Dans certains pays (p. ex. en Asie et au Proche-Orient), leur introduction est formellement interdite et est considérée comme une infraction. Les produits du chanvre, plus précisément les préparations au CBD, peuvent aussi poser problème, car la Suisse autorise une teneur plus élevée en THC (tétrahydrocannabinol) psychoactif que l’espace européen par exemple. Pour connaître les conditions d’importation de votre pays de destination ou de transit avant votre départ, Swissmedic recommande de se mettre en contact suffisamment à l’avance avec l’ambassade concernée. Si vous cherchez son adresse ou si vous avez d’autres questions, votre pharmacie pourra certainement vous aider.

Être attentif/ve à l’aspect
En voyage, il est fréquent que les médicaments ne soient pas conservés dans les règles de l’art. Pour un profane, il est souvent difficile d’estimer si une préparation peut tout de même être utilisée ou non. Si vous observez les modifications suivantes, le médicament doit être éliminé:
– Votre pommade normalement homogène s’est séparée en deux phases.
– La couleur, l’odeur et/ou le goût du médicament ont changé.
– Un liquide normalement transparent contient des particules solides, des grumeaux ou a un aspect trouble.
– Le produit a fondu à la chaleur (suppositoires) ou gelé sous l’effet du froid.
– Le liquide a réduit de volume (p. ex. parce que le flacon était mal fermé).
– Le conditionnement immédiat est endommagé: seules les plaquettes thermoformées et les emballages non endommagés préservent le médicament de la lumière et de l’humidité.