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Applis sportives

Coachés par notre smartphone

Les bracelets connectés enregistrent nos fonctions corporelles et les applis sportives nous poussent à nous surpasser. Ces assistants numériques sont souvent motivants, mais ne pourront jamais fournir effort et sueur à votre place.

Andrea Söldi

Avant, il suffisait d’une paire de baskets et d’un vieux survêt pour faire du sport. Aujourd’hui, même pour faire de l’exercice en pleine nature, la technologie occupe une place centrale. Nous croisons de plus en plus de joggeurs bardés d’appareils mesurant tous les paramètres possibles et imaginables: distance et dénivelé de la course, vitesse, nombre de pas, pulsations, consommation d’oxygène et calories brûlées.
Dernièrement, Monica, 45 ans environ, a elle aussi acheté l’un de ces fameux «bracelets connectés». Depuis, cette montre intelligente accrochée à son poignet ne la quitte plus lorsqu’elle réalise son parcours fétiche à travers bois. «Le bracelet me motive, car il me permet de visualiser précisément ma performance», explique cette sportive amateur qui souhaite se mettre en condition pour de plus longues courses en montagne cet été. Elle peut en outre vérifier si elle s’entraîne de manière optimale: une vitesse induisant des pulsations telles qu’elle obtient un bon effet d’entraînement. Tout en brûlant le plus de calories possible – un autre critère important pour cette fine bouche. Après chaque séance, un petit bonhomme sur son écran la félicite pour sa discipline. Un peu plus tard, Monica échange systématiquement en ligne avec d’autres joggeurs ses réussites et ses déconvenues. «Nous nous encourageons mutuellement et nous félicitons de notre persévérance.»

Mieux que toutes les campagnes de santé publique
Beaucoup de sportifs amateurs partagent ce ressenti. L’aide apportée par ces «wearables» (appareils de mesure portatifs) et applications, qui favorisent un entraînement autonome, semble faire des miracles. Selon une étude de l’Académie Suisse des Sciences Médicales sur les compétences en matière de santé en Suisse, ces coachs numériques semblent réussir à atteindre l’objectif poursuivi de longue date par de nombreuses campagnes de promotion de la santé et de prévention: franchir le pas entre «oui, je sais bien ce qui serait bon pour moi» et un véritable changement de comportement. Le fait de pouvoir visualiser sa propre santé à l’aide de chiffres, de graphiques et d’images a manifestement le pouvoir de modifier effectivement les comportements, rapportent les auteurs.

Un plus pour les médecins
«La mesure des fonctions corporelles – ce que les anglophones appellent le Quantified Self – ouvre en outre de nouvelles possibilités sur le plan médical», souligne Ursula Meidert. Cette collaboratrice scientifique de l’Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) étudie les répercussions possibles de cette nouvelle tendance sur la société pour le compte du Centre d’évaluation des choix technologiques (TA-Swiss). «Le plus souvent, le médecin ne voit son patient qu’une dizaine de minutes et n’en obtient ainsi qu’une vision instantanée», explique-t-elle. L’enregistrement de certaines valeurs 24h/24, en revanche, pourrait lui donner une vision beaucoup plus globale de la situation. Les diverses applications de «self-tracking» permettent de recueillir et de conserver une multitude de données – p. ex. sur l’alimentation, le sommeil, le cycle menstruel, la sexualité et la contraception, la fréquence des selles, les douleurs physiques, l’humeur et le niveau de stress. Mais le problème, c’est que la qualité n’est pas encore toujours au rendez-vous, tempère Ursula Meidert. Pour recueillir des données vraiment exploitables, la recherche doit continuer.

Contrôler la qualité
Il serait notamment utile de disposer d’une sorte de label de qualité pour ces outils de santé connectés. En attendant, un coup d’œil sur leur origine peut permettre aux utilisateurs d’estimer s’ils sont dignes de confiance. La recommandation d’une association de patients, par exemple, est un gage de sérieux. Si vous souffrez d’une maladie particulière, vous pouvez vous adresser à l’organisation d’entraide correspondante; les diabétiques, notamment, peuvent se tourner vers diabètesuisse pour s’informer sur les meilleures méthodes disponibles pour consigner leur glycémie, les calories ingérées et les quantités d’insuline utilisées.

La protection des données, vaste chantier
Naturellement, les données recueillies par ces applis seraient aussi très précieuses pour la recherche. Les scientifiques pourraient ainsi accéder rapidement et à moindre coût à d’immenses quantités de données exploitables de manière ciblée. Mais, pour cela, il serait indispensable de standardiser les différents systèmes et de garantir la qualité. Et bien sûr d’assurer la protection des données – surtout dans un domaine aussi sensible. C’est l’objectif poursuivi en Suisse par l’association «Données et Santé». Elle préconise de créer un environnement qui permette à l’avenir à tout un chacun d’administrer lui-même ses données et d’en autoriser, sur demande, l’accès à des tiers – y compris, outre les données autocollectées, au dossier médical du patient et aux résultats d’examens des médecins, hôpitaux et thérapeutes. Le Conseil fédéral doit se pencher sur le sujet. Les premiers tests sont déjà en cours.

N’en oubliez pas la nature autour de vous
Mais tout cela n’est pas encore pour demain. Pour l’heure, les outils numériques de préparation physique servent surtout à soutenir votre motivation personnelle. Mais, parfois, ils peuvent avoir l’effet inverse, prévient Ursula Meidert: «Lorsqu’on a dû rester assis toute la journée au bureau et qu’on est très loin des 10 000 pas recommandés par jour, cela peut être frustrant.» Et, de temps et temps, on peut aussi trouver reposant d’admirer simplement le paysage en faisant son jogging plutôt que d’avoir les yeux rivés sur l’écran de sa montre connectée.

Quelle appli pour qui?
On compte actuellement environ 400 000 applis santé à travers le monde. Pas facile de s’y retrouver. Aucune ne peut probablement vraiment faire de tort, estime Dave Baucamp, coach sportif à Zurich. «Tout ce qui nous fait bouger est bon pour nous.» Il a toutefois quelques applis à recommander:

Freeletics: l’une des applis les plus téléchargées pour divers types d’entraînement. Elle propose environ 700 combinaisons d’entraînement différentes et des instructions par vidéo. Nombre de ses utilisateurs apprécient la vaste Communauté avec laquelle ils peuvent échanger leur expérience. Pour un abonnement à partir d’env. 40 francs, Freeletics propose un programme d’entraînement personnalisé.

Runtastic: une bonne appli de running qui permet de travailler l’endurance. Grâce aux données GPS, elle mesure la distance parcourue, la durée et la vitesse de la course, et calcule les calories utilisées. Une fonction avancée permet de bénéficier d’un coach vocal. Sa grande Communauté donne accès à de très nombreux parcours.
Runtastic Cardio Pack: cette version étendue pour l’entraînement cardiovasculaire s’applique en plus à la pratique du vélo.

Yoga.com: 45 programmes d’entraînement courts ou plus longs. L’appli offre en outre la possibilité d’établir son programme individuel à partir d’une sélection de 300 exercices. Les utilisateurs peuvent enregistrer leurs expériences et leurs progrès dans le journal personnel et les partager s’ils le souhaitent avec la vaste Communauté.

Asana Rebel: cette appli s’adresse en majorité aux femmes. Outre du yoga, elle propose des mouvements qui en sont inspirés, un nouvel entraînement chaque jour et des fonctions spéciales telles que Fatburn ou Bikini Body. Un coach personnel numérique motive les utilisatrices et les accompagne dans leur cheminement personnel de remise en forme. Le déroulement de l’entraînement peut être enregistré dans un Dossier.

Physio Vital: ce physiothérapeute numérique aide les seniors à rester actifs, ou toute personne à retrouver sa mobilité après une blessure. L’appli propose 50 vidéos différentes avec des exercices élaborés par un médecin.

TRX/Virtual Trainer Suspension: pour utiliser cette appli, il faut d’abord commander un dispositif de suspension élastique. Elle est parfaite pour travailler la force, l’équilibre et la souplesse.